Oh printemps! Printemps! Sauve-moi!
Personne ne t’a aimé plus tendrement que moi.
Ta première verdure me vaut plus qu’une émeraude.
J’appelle tes anémones le joyau de l’année,
Tout en sachant que les roses viendront.
Souvent, fougueuses, elles cherchaient à m’enlacer.
C’était comme d’être aimé de princesses.
Mais j’ai fui : l’anémone, la fille du printemps,
avait ma foi.
Oh ! témoigne donc, anémone, devant qui, fougueux, je me suis mis à genou !
Témoignez, dent-de-lion et pâquerette méprisés,
Que je vous ai estimés plus que l’or, puisque vous êtes
les enfants du printemps !
Témoigne, hirondelle, que je t’ai fait un festin
comme pour le retour de l’enfant prodigue,
car tu étais le messager du printemps.
Cherche le seigneur de ces nuages et prie qu’ils ne laissent plus tomber sur ma poitrine
Leurs aiguilles des froides ouvertures bleues.
Témoigne, vieil arbre, toi que j’ai adoré comme une divinité,
Et dont, chaque printemps, j’ai compté les bourgeons plus ardemment que les perles !
Témoigne, toi que j’ai si souvent enlacé
Avec le respect d’un arrière-petit-fils pour son bisaïeul.
Ah oui ! combien de fois n’ai-je souhaité être un jeune sycomore
De ta racine immortelle et mêler ma couronne de feuillages à la tienne !
Oui, vieillard, témoigne pour moi ! Tu seras cru.
N’es-tu pas vénérable comme un patriarche ?
Prie pour moi, je verserai du vin sur tes racines
Et guérirai tes cicatrices par des baisers.
Ta couronne doit être déjà dans son vert clair le plus beau,
Dehors, tes feuillages bruissent déjà.
Oh printemps ! Le vieillard, malgré sa voix rauque, supplie pour moi,
Il tend ses bras vers le ciel, et les anémones,
Tes enfants aux yeux bleus, se mettent à genoux et prient que tu
Me sauves – moi, qui t’aime si tendrement.
Traduction : Rolf Tobiassen |